SAINTE-MARGUERITE-DES-GRES - Mortefontaine
La chapelle Sainte-Marguerite-des-Grès
La chapelle Sainte-Marguerite existait déjà au 12ème siècle et appartenait alors à l'abbaye de Châalis. Elle était l'objet d'un pèlerinage très fréquenté - particulièrement par les femmes enceintes - jusqu'à la Révolution et même au-delà. La chapelle actuelle est une construction des années 1852-53, due à la générosité de la famille Corbin, alors propriétaire du domaine de Mortefontaine. Bâtie en grès, matériau dont est constitué la butte sur laquelle elle s'élève, c'est une charmante petite construction néo-romane surmontée d'un clocher-arcade et précédée d'un porche. (1)
D'après M. Philippe Thuillet, dans sa communication à la Société d'histoire et d'archéologie de Senlis :
"La chaussée Brunehaut fut à l'origine de deux voies secondaires : la première, qui a servi pour la D113 et la D126, après la traversée de l'Automne ; passe par Rully, Boasne, Fourcheret, Sainte-Marguerite-des- Grés, Charlepont, Vallière, Mortefontaine et le vicus (agglomération rurale, marchande ou artisanale) de Plailly avant de rejoindre la route de Paris; la seconde voie sous le nom de Crépy en Valois...a donné naissance à Eve, Montagny-SainteFélicité, Versigny etc..."
Note: Les Meldes et les Sulbanectes (tribus gauloises) étaient à l'est de cette liaion.
Dans une autre communication du même auteur intitulée "Défrichement et Villeneuves. L 'occupation du sol en région senlisienne au Moyen Age" on peut lire :
"Le Moyen Age classique, celui de la féodalité aux XIIème et XIIIème siècles, est justement associé à l'image des moines blancs défricheurs. C'est un mouvement historique important, mais qui s'inscrit dans la longue durée : des déboisements avaient déjà eu lieu avant, ils continuèrent après ... d'autres considérations ont influé sur la mise en valeur des sols; le retour de la forêt au BasEmpire, la médiocrité des sols dans la vallée de l'Oise ont augmenté la surface du saltus ; les rois francs ont contribué à développer ces bois pour des raisons cynégétiques. Leurs successeurs, puis les Princes de Condé ont poursuivi cet effort... La carte de Cassini, celle du diocèse de Senlis en 1709, montrent encore de vastes zones de landes sablonneuses semées de grés, peuplées de fougères qui séparaient au XVIIIème siècle les forêts de Chantilly et d'Ermenonville. Le repeuplement forestier de ces terrains est le fait des XIXème et Xxème siecles." (2)
M. Maurice Delaigue écrit :
"Mais il faut nous arrêter plus longtemps sur cette terre de Mortefontaine, terre riche d'Histoire. La partie la plus ancienne est celle de Charlepont (KAROLIPONS) dont le nom apparaît pour la première fois en 1146, dans une charte de Senlis par laquelle le roi Louis VII le Jeune fait don de cette terre à l'abbaye de Châalis, distante de 6kms. Elle précisait entre autres le contenu de la donation : " la chapelle Ste-Marguerite et le lieu qui est dit Charlepont en vue de faire des viviers avec toutes les terres, biens-fonds, voiries, vignes, bruyères, broussailles, aulnaies et cressonnières, depuis les rives de la Thève, comme elle descend du pont de la Ramée vers le village de Neufmoulin d'une part, jusqu'au marais et à la terre des Bouteillers, à la châtellenie de Montmélian d'autre part, avec tous les bois et les prés..." (3)
On ne peut évoquer Sainte-Marguerite-des-Grés sans faire référence à l'évocation du site, dans l'ouvrage de M. J-H VOLBERTAL publié en 1924 (4)
"... Et voici, au Nord, derrière l'île Molton, la chapelle de Sainte-Marguerite-de-Grés qui se dresse solitaire au milieu d'une nature sauvage et pittoresque.... On se trouve en présence d'un monument de style roman primitif, engrés bruts. Il est précédé d'un péristyle avec portail en plain cintre au fond duquel est une porte en fer forgé surmontée de cette inscription : Sainte Marguerite des bruyères. Au fond de la chapelle, une peinture en primitif représentant le Très-Haut tenant d'une main un livre avec les lettres symboliques Alpha et Omèga : la tête dans une auréole portant le mot Rex. Un petit autel de pierre blanche soutenu par quatre colonnes simples.Petit clocher, dans le style, avec arc en plain cintre. L'ensemble accuse la forme trapue qui caractérise les vieilles églises de village de l'époque de ce lourd roman." (5)
Et pour terminé, voici ce qui est écrit dans le bulletin n ° 59-60 du GEMOB, concernant la chapelle de Sainte-Marguerite :
"La petite chapelle romane de Sainte-Marguerite est située sur un mamelon désert aux confins de la propriété, dans la partie appelée " garenne de Charlepont". En 1146 elle faisait partie du domaine royal puisque le roi de France Louis VII confirme, par une charte octroyée à l'abbaye de Chaâlis, la donation qui lui en avait été faite par sa mère la reine Adélaïde. Elle était alors desservie par des moines. Tous les ans, le 20 juillet on y fêtait la Sainte Marguerite. Les pèlerins venaient nombreux et tout se terminait par une joyeuse fête patronale. La Révolution interrompit la tradition mais les femmes enceintes continuaient à venir implorer la sainte,qui aurait, selon la légende, vécue dans une grotte naturelle creusée sur le côté de la colline. Hélas la petite chapelle, saccagée à la Révolution, tombait en ruine ! En 1852, Monsieur et Madame Corbin "pour attirer les grâces du ciel sur leur premier enfant " décidèrent de reconstruire l'ancien oratoire."
(1) Les églises des cantons de Senlis et de Chantilly.
(2) Comptes rendus et Mémoires - Société d'Histoire et d'Archéologie de Senlis.
(3) Extrait du livre "Promenade en Vallée de Thève" de Maurice Delaigue
(4) MORTEFONTAINE - Le Domaine de Vallière
(5) Müller, Senlis et ses environs, 1896. Op.cit.
