Eglise Saint Barthélémy : son histoire

Situé à la limite sud du département de l'Oise, dans le canton de Senlis, Mortefontaine appartenait au diocèse de Senlis avant que celui-ci ne soit regroupé avec Beauvais. La paroisse de Mortefontaine, regroupée avec d'autres paroisses, fait maintenant partie du diocèse de Beauvais, Noyon et Senlis.

On ne peut écrire l'histoire de l'église saint Barthélémy sans évoquer l'Histoire de France. Les deux sont intimement liées, et la visite de l'église en sera d'autant plus intéressante.

Les essarts de Dame Clémence,en 1250, rappellent une certaine Clémence de Mortefontaine contemporaine. Le dictionnaire nous renseigne sur ce qu'étaient des essarts: défrichage d'un terrain boisé pour le mettre en culture. L'apport de main-d'œuvre et d'activités pouvait être une des raisons pour laquelle la petite chapelle commençait a avoir de l'importance.

Dans les années 1240 et la suite, il n'y a plus de terres à gagner. Les finages se rejoignent : ils sont bornés, des croix sont plantées à leur limites. C'est la fin de l'organisation des villages au temporel, mais aussi au spirituel et sous la poussée démographique les dernières paroisses sont alors fondées. La colonisation du sol atteint son maximum quand il n'y a plus de friches ou de bois entre les villages. Des habitats secondaires sont ainsi crées : le hameau de Montaby, par exemple, est une extension de la châtellerie de Montmélian, face à la seigneurerie d'Ermenonville.

Robert de Cressensacq, évêque de Senlis, érige (en 1276) en église paroissiale, par distraction de celle de Plailly, la petite chapelle vicariale de Mortefontaine qui porte le vocable "Monsieur saint Barthélémy".Y sont rattachés les hameaux de Montaby et de Charlepont. Son premier titulaire est passé à la postérité sous le nom d'Eustache.

Certificat d'incorporation de l'église de 1276 (document de trois pages en latin) qui érige la chapelle en paroisse, cliquer pour agrandir

A ce propos, il faut noter une différence entre les églises mères ( nom qui n'est attribué que dans le cas de l'érection d'une chapelle en paroisse) et les églises démembrées pour ce qui est des titulatures. Les églises primitives honorent effectivement toutes l'évangélisateur Martin : Plailly, par exemple. Les sites secondaires vénèrent par contre des saints "historiques". Si l'évangélisation des sites plus anciens remonte à l'époque mérovingienne celle des habitats secondaires relève, par contre, de la phase carolingienne. La diffusion du culte de Saint Pierre est à mettre en rapport avec le développement de la réforme grégorienne : Saint Pierre est honoré dans les propriétés épiscopales de Baron ou de Sery et à Pontarmé sur la route des Flandres..La diffusion du culte de la Trinité date aussi de cette époque. Le culte marial, qui a toujours existé, a connu un regain à partir du milieu du XIIème siècle. D'autres cultes, comme celui de saint-Barthélémy honoré à Mortefontaine ou à Villeneuve -sur- Verberie sont des cultes des XIIème et XIIIème siècle et pratiqués dans des villages neufs.

Jusqu'à la fin du XIIème siècle la châtellerie de Montmélian dont font partie les domaines de Mortefontaine et Plailly appartient à la couronne de France.

En 1283, l'Abbaye de Saint Denis en devient propriétaire. Le siège de la juridiction était à Plailly. A noter que les seigneurs de Plailly formaient une famille puissante laquelle a pourvu le siège épiscopal de Senlis de deux évêques : Guy (1274 - 1308 ) et Robert ( 1341 - 1348), donné des doyens à Saint-Rieul, paroisse de Senlis et des abbés à Châalis et Saint Denis. La Famille de Plailly conserve cette propriété jusqu'en 1531.

Le 30 mars 1544, Germain II le Rebours présente foy et hommage à Anne de Montmorency, premier baron, connétable et grand-maître de France, seigneur de Chantilly.

En 1571, le domaine de Mortefontaine passe entre les mains de François Hotman. C'est sans doute lui qui fait bâtir, à Mortefontaine, le château actuel. C'est aussi lui qui achète les terres et le château de Montmélian à l'Abbaye de Saint Denis (1599).

Le Président Le Coigneux, Président à mortier du Parlement de Paris achète les terres de Montmélian, Plailly et Mortefontaine le 26 mai 1654. Le nouveau propriétaire installe une chapelle en son château.

Le 15 août 1703 les seigneureries de Mortefontaine, Plailly et Montmélian sont vendues. Elles vont rapidement devenir la propriété de la famille Le Peletier. Louis Le Peletier épouse en deuxièmes noces Françoise Elisabeth de la Cropte de Bourzac le 20 septembre 1768.

Le nom de la Dame est conservé à Mortefontaine sur l'une des cloches de l'église paroissiale, ou l'on peut lire : "L'an 1773 j'ai été nommée Françoise par le très haut et très puissant seigneur Messire Louis Le Peletier, chevalier conseiller au roi, en ses conseils, maître des requêtes honoraire, intendant de justice, police et finance de la généralité de Soissons, Seigneur de cette paroisse et très puissante Dame Madame Françoise Elisabeth Suzanne LePeletier, Dame de cette paroisse et bénite par M. Louis Guichard, Curé de Mortefontaine, Jean Michel Poutrel étant marguillier en exercice et syndic" Quant à la seconde cloche, elle provient de l'église de Montmélian, démolie en 1794. Elle porte l'inscription suivante : "En l'an mille cinq cent six, je fus faite pour l'église Notre Dame de Montmélian et pour lors c'estait messire Jacques du Choisaix le curé"

Le curé de l'église paroissiale depuis 1745 est M. Louis Guichard. Il devient prêtre constitutionnel à la Révolution. En 1791, âgé de 73 ans,il demande l'aide d'un vicaire.

En février 1789, les paroissiens de Mortefontaine ont appris, probablement au prône de la messe, que les chefs de famille portés au rôle des contributions devront se réunir pour rédiger un cahier contenant leurs plaintes et doléances.

Le 1er décembre 1790 les domaines sont vendus à un riche banquier Joseph Duruey qui est décapité en mars 1794.

Un autre événement, bien différent, soulève les passions. Montmélian s'était déclaré "commune". Le district de Senlis, prie, très sèchement, Montmélian de se réunir à Mortefontaine comme il en a toujours été. L'année précédente la petite église Notre Dame de Montmélian a été détruite, les fondations mêmes ont disparu et les pierres ont été vendues. Notre Dame de Montmélian, statue polychrome du XIVème siècle, devient une rescapée de la destruction de l'église.

En octobre 1798, Joseph Bonaparte, achète le château et les terres de Mortefontaine. A cette époque le petit village de Mortefontaine compte 490 habitants. En 1803 le nouveau curé est Jean Michel Poutrel. Il décédera le 31 juillet 1831 dans sa 78ème année. Ses funérailles sont célébrées en l'église Saint Barthélémy. A la même époque le chapelain des Bonaparte est Jean-Baptiste Lecuy, ancien abbé de Prémontré. Neanmoins des mariages sont célébrés dans l'église paroissiale tel celui de Louis Gabriel SUCHET, Général de Division, Gouverneur du palais impériale de Lacken, décoré du Grand Aigle de la Légion d'Honneur et chevalier de la couronne de fer, Commandant de la 1ère Division du 5ème Corps de la Grande Armée qui épouse dans l'église paroissiale Honorine ANTHOINE, fille du Baron de Saint Joseph, Maire de la ville de Marseille le 16 novembre 1808.

Le 29 juin 1815 l'armée prussienne traverse Mortefontaine et laisse derrière elle ruines et dévastation. En 1816 l'église paroissiale, en fort mauvais état, est reconstruite. Les pierres de l'abbaye de Châalis, detruite par les révolutionnaires, sont récupérées par les habitants de Mortefontaine pour ce travail. De nos jours ne restent de l'ancienne église qu'une cloche et les deux statues en pierre, placées à l'extérieur, de chaque côté de la porte. (L'une représente saint Denis, l'autre une Vierge à l'Enfant toutes deux datées du XVIème siècle). Quelqu'un dira, plus tard, que cette reconstruction fut "réalisée avec plus d'enthousiasme que de connaissance".

Le riche baron prussien Jean-Georg SCHICKLER devient locataire du château en 1821.

Entre 1827 et 1829 les différentes parties du domaine de Mortefontaine sont acquises par le Prince de Condé. Après la mort du Prince, la baronne de Feuchères devient propriétaire du château de Mortefontaine. La cure est vacante. Comme l'atteste les compte-rendus du Conseil de Fabrique, le curé de Plailly participe aux délibérations

L'abbé Laurent Simon Briand, qui avait enseigné au Lycée Charlemagne puis fondé son propre Institut Briand ou il avait enseigné le neveu de la Baronne de Feuchère, devient " aumonier, secrétaire, bibliothécaire, professeur de langues…" de celle-ci. Il obtient la cure de Mortefontaine et y demeure de 1835 à 1851. Il meurt le 29 octobre 1851 à l'âge de 85 ans et est enterré au cimetière de Mortefontaine.

La baronne de Feuchères meurt le 15 décembre 1840. Le domaine est cette fois acquis par M. Thanaron pour sa fille Marie Charlotte-Sophie, qui épouse M. Henri René Corbin (Préfet de l'Aisne) le 30 décembre 1850 en l'église Saint-Barthélémy.

De M. Thanaron nous savons qu'il restitue à l'abbaye de Saint Jacques de Compostelle une très belle statue en argent massif, trouvée à Mortefontaine et ayant appartenu à Joseph Bonaparte. A cette occasion M. Thanaron a été fait chevalier de l'Ordre de Saint Jacques de Compostelle. Et pour commémorer cet événement un vitrail est offert en 1893 par Mme Thanaron à l'église paroissiale de Mortefontaine. Il a été restauré en 2004 et est visible sur la façade est, dans le chœur.

Charlotte-Sophie qui a épousé Henri René Corbin, lui donne deux filles Marguerite Camille et Alice Mathilde. Tous vont laisser le souvenir d'une grande générosité. Par exemple, en 1869 M. et Mme Corbin font don, en toute propriété, à la Fabrique de l'église de Mortefontaine, d'un terrain de 12 ares, situé au terroir de Montmélian, annexe de Mortefontaine, sur lequel a été edifiée la chapelle Notre-Dame de Montmélian ( cet édifice étant consacré en juillet 1864). En 1878 M. Corbin va financer la construction de la partie supérieure du clocher et lui adjoindre 4 clochetons. En 1893 Marguerite Camille et Alice Mathilde qui ont épousé respectivement le baron de Saint Marc et le Comte Amelot de la Roussille, offriront deux vitraux qui ont été restaurés en 2004 et qui sont visibles dans le cœur de l'église : Le baron et la baronne de Saint- Marc offrent le vitrail qui représente sainte Marguerite, le comte et la comtesse Amelot de la Roussille celui représentant saint Barthélémy. Tous deux ont été produits à Noyon ainsi qu'un autre vitrail, offert à la même époque par le duc et la duchesse de Gramont (qui viennent d'acquérir le grand parc) que l'on peut admirer au centre et qui représente sainte Marguerite Marie Alacoque agenouillée devant le Cœur Sacré de Jésus.

En 1852, Rémy Vivet est devenu, à l'âge de 26 ans, curé de la paroisse. Il y restera jusqu'à sa mort en 1906. Il est enterré également au cimetière de Mortefontaine.

A noter également qu'en 1870, l'invasion prussienne fait fuir les habitants du village car le souvenir des événements dramatiques de 1815 ne s'est pas effacé des mémoires. Cependant le curé remarque que pendant la semaine sainte la paroisse etant occupée par une compagnie d'infanterie prussienne d'une soixantaine de soldats, il dira une seconde messe régulièrement pour ces Allemands qui le remplissent d'admiration par leur piété !

Madame Corbin meurt en 1901. L'abbé Vivet meurt en 1906 et est remplacé par Paul Edouard Guillaume Dupont puis par René Guet le 9 septembre 1911. Il sera lui-même remplacé par Alphonse Avrillon, curé de la paroisse de 1919 a 1931. Ce dernier sera, comme l'abbé Vivet, enterré au cimetière de Mortefontaine.

La dernière réunion du Conseil de Fabrique de la Paroisse de Mortefontaine a lieu le 10 décembre 1906. En 1928 le nouveau châtelain est Louis-René, Comte de Gramont, frère du propriétaire du nouveau château construit dans le grand parc.

L'abbé Auguste POIRSON remplace l'abbé Avrillon jusqu'en 1941. Cliquer pour agrandir.

Pendant la seconde guerre mondiale les deux châteaux sont occupés par les soldats allemands et c'est l'Abbé BESSIN qui est en poste.

L'abbé Kermaïdic arrive en Juin 1946. Basé à Plailly, il servira Plailly et Mortefontaine jusqu'en Juin 1967. Entretemps le château est cédé à la Congrégation du Tiers Ordre des Dominicains.Cliquer pour agrandir

L'abbé Bernard LEDAN le remplace à Plailly pour quelques années (1967 - 1978).

La Congrégation de Don Orione fournira le curé suivant, le Père Antoine Pilotto (septembre 1978 à septembre 1993). Il sera aidé par le Père Henri Comincini qui, nommé à Senlis, sera remplacé par le Père Louis Pastrello. A leur départ de la Congrégation les Père Antoine Pilotto et Louis Pastrello ont laissé de très bons souvenirs pour un grand nombre de paroissiens, c'est le Père Mietek KROL de la congrégation des Pères Pallotins, prêtre Polonais, qui les remplacera.

A l'heure actuelle la paroisse de Mortefontaine fait partie d'une communauté de paroisses, elle-même rattachée à la paroisse saint Rieul de Senlis.

La paroisse de Mortefontaine est réintégrée dans la paroisse du Serval à partir de septembre 2007.