Les vitraux de la paroisse de Mortefontaine

Commentaires

  1. Les premiers Pères de l'Eglise étaient conscients de l'influence qu'exerçait la beauté sur les fidèles. Mais en même temps ils pensaient que l'œuvre d'art doit enseigner. La religion chrétienne a, semble-t-il, le sentiment profond de la vertu spirituelle de la lumière. Un de ses avocats célèbres fait, au XIIème siècle, garnir les fenêtres de son église abbatiale de Saint Denis de vitraux " pour qu'ils éclairent l'âme des hommes de la Lumière de Dieu". La relation qui existe entre le verre et la lumière confère au vitrail une place unique parmi les arts de l'humanité. C'est la réflexion de la lumière qui permet de percevoir la couleur sur une surface peinte ; au contraire, les couleurs que l'on distingue dans un vitrail viennent de la lumière qui s'y réfracte. Les teintes du vitrail filtrent la lumière. Sans la lumière le vitrail perd la vie. D'une certaine manière le vitrail constitue une expérience mystique qui a permis à l'homme de mieux concevoir le Divin. C'est essentiellement un art d'ambiance. Comme l'a écrit le romancier Hervé Bazin, un vitrail est " une atmosphère avant d'être une image".
  2. Il est indéniable que les vitraux apportent à notre petite église une ambiance particulière.
  3. Autant que l'on puisse voir, les vitraux les plus anciens sont les quatre vitraux qui se trouvent sur le mur Ouest, à droite de l'autel secondaire, dans la travée. Il est écrit qu'ils ont été fabriqués à Nancy, en 1868. Les couleurs ayant en grande partie disparues, un remarquable travail de restauration en 2004/2005 à permis de leur redonner vie. Trois d'entre eux illustrent certains aspects de la vie de Jésus :
    • L'Enfant Jésus avec les docteurs de la Loi dans le temple
    • Les noces de Canaa quand Jésus a tranformé l'eau en vin
    • "Jésus guérissait les aveugles, les sourds et les boiteux"
    • Le quatrième vitrail, au plus prés de l'autel, représente, semble-t-il, le roi Saint Louis flanqué de deux anges
  4. Les quatres vitraux du chœur représentent de la gauche vers la droite :
    • Un chevalier de Saint Jacques de Compostelle (voir explications ci-dessous concernant la présentation du vitrail)
    • Saint Barthélémy (patron de la paroisse)
    • Sainte Marie Alacoque et le Cœur Sacré de Jésus
    • Sainte Marguerite

Les huit vitraux

De droite à gauche : l'enfant Jésus - Les noces de Canaa - Jésus guérit - Le roi Saint Louis


De droite à gauche : Saint Jacques de Compostelle - Saint Barthélémy - Sainte Marguerite Marie Alacoque - Sainte Marguerite d'Antioche

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Au sujet des quatre derniers vitraux

Les quatre derniers vitraux font partie d'un même programme récent de restauration. Les articles les concernant sont parus dans le journal "Accueil" sous le titre "Nos églises : un livre ouvert".

Saint Jacques

"L'un des plus beaux vitraux de la petite église de Mortefontaine représente un Chevalier de l'Ordre de Saint Jacques de Compostelle, offert par Mme Charlotte-Marie-Sophie Thanaron épouse CORBIN en septembre 1893. Madame CORBIN est l'héritière de la baronne de Feuchère, mais jusqu'à sa majorité c'est son père Paul-Justin Thanaron qui gère le domaine.

Nous savons qu'il a restitué à l'abbaye de Saint-Jacques de Compostelle une très belle statue en argent massif, trouvée à Mortefontaine et ayant appartenu à Joseph Bonaparte. A cette occasion Monsieur Thanaron est fait Chevalier de l'Ordre de Saint-Jacques de Compostelle. (GEMOB - bulletin n°59-60) Le vitrail restauré en 2005 et remis en place, amènera peut-être certains à se poser des questions sur Saint Jacques, sur Compostelle et sur le pèlerinage auquel ces deux noms sont associés. Mais tout d'abord qui était Saint Jacques ?

La Bible représente Jacques ainsi : "(Jésus) vit deux autres frères : Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d'arranger leurs filets. Laissant aussitôt leur barque et leur père, ils le suivirent (Mt 4, 21-22)" Afin de distinguer Saint Jacques le Majeur parmi ses homonymes, également cités dans la Bible, notons :

Et Compostelle ? La légende dorée d'abord : après la mort du Christ, l'apôtre Jacques part pour évangéliser la Galice, mais sa mission n'ayant que peu de résultats, il reprend le chemin de Jérusalem avec quelques disciples. Après son martyr, le corps de l'apôtre est recueilli par ces mêmes disciples et revient en Galice. Lorsque le corps de Jacques est déposé sur la pierre du rivage, elle se façonne instantanément autour de lui pour former un sarcophage. Le sarcophage est ensuite déplacé par ses disciples jusqu'en un lieu qui tombe dans l'oubli. Au XIème siècle, l'ermite Pelayo est instruit en songe du lieu ou repose le Saint, guidé par l'éclat d'une étoile. L'évêque Téodomir informé, se rend sur les lieux et peut authentifier la dépouille de Saint Jacques. Le lieu,appelé Campus Stella, le Champ de l'Etoile, donnera son nom à Compostelle.

Le pèlerinage

Les villes de Jérusalem et Rome sont des hauts lieux symboliques qui, par leur importance propre, prédominent sur les chemins qui y mènent. Le terme de voyage a tendance à prévaloir comme seul but et éclipse le chemin qui y conduit. Le chemin de Compostelle -ex. Vézelay - Compostelle ( l'un des quatre principaux chemins ) : 1600 km, contient une valeur par lui-même. Il recèle une vie et chaque pas y détient un prix. Un mouvement intérieur s'induit pour celui qui l'emprunte, et se poursuit bien au-delà de la dernière étape. Ce chemin marque et transforme celui qui s'y engage. " Lorsque l'homme se dirige vers Dieu, son errance devient pèlerinage vers le lieu de son repos" (Daniel Bourguet)"

Saint Barthélémy

"Au fur et à mesure que notre église devient plus propre, plus claire, ses richesses deviennent plus apparentes. Dans le silence, s'asseoir et regarder devient un rare plaisir. Et c'est ainsi que Saint Barthélémy me regarde, attendant que des travaux urgents d'entretien commencent… Mais qui était Saint Barthélémy ?

Il était sur la liste des douze apôtres (Matthieu 10-3, Marc 3-18, Luc 6, Actes 1-13) Il est fêté le 14 août. Le nom signifie "fils de Tholmaï" et vient de l'araméen par l'intermédiaire du grec. On trouve Tholmaï dans l'ancien testament. Certains pensent que c'est lui dont il est parlé dans l'évangile de Jean ( 1- 45/51) ou il écrit :

Philippe trouve Nathanaël et lui dit : "celui dont Moïse a écrit dans la loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé !" Et Nathanaël lui dit : "de Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?" Philippe lui dit : "viens et vois." Jésus vit Nathanaël qui venait vers lui et il dit à son sujet : "voici vraiment un israélite, qui est sans détour." Nathanaël lui dit : "comment me connais-tu ?" Jésus lui répondit : "avant que Philippe t'appelât quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu" …

Rien ne s'oppose à ce que le "fils de Tholmaï" ait eu Nathanaël comme nom personnel. Il est introduit dans l'Evangile avec d'autres apôtres et les synoptiques le placent à côté de Philippe, ce qui corrobore la donnée de Jean : tous deux étaient amis intimes."

Sainte Marguerite d'Antioche

Dans son bulletin N° 59-60 de 1993 le GEMOB (Groupement d'Etude des Monuments et Œuvres d'art de l'Oise et du Beauvaisis) fait référence à plusieurs vitraux de l'église Saint Barthélémy / Mortefontaine et entre autres à celui offert par le Baron et la Baronne de Saint Marc représentant Sainte Marguerite. Cette Sainte, vierge et martyre du IIIème siècle, doit sa célébrité à une légende très populaire, mais sans aucune valeur historique. L'auteur a placé la scène sous le règne de Dioclétien à la fin du IIIème siècle. Marine ou Marguerite fille d'un prêtre païen d'Antioche nommé Acclésius, se convertit au christianisme. Son père la chasse. Elle retourne chez sa nourrice et garde les troupeaux. Elle a 15 ans quand le préfet Olybrius la remarque et lui propose de l'épouser. Elle refuse en se proclamant chrétienne. Le préfet l'a fait emprisonner et la convoque deux jours plus tard devant son tribunal. Après de longues discussions, il ordonne de la fouetter, de lui déchirer les flancs avec des ongles de fer, et de la reconduire en prison. Le diable lui apparaît alors sous la forme d'un dragon : elle le chasse d'un signe de croix. Il revient sous la forme d'un homme tout velu mais n'a pas plus de succès. Dans une lumière divine, apparaît une croix sur la quelle une colombe vient se poser : cette vision donne à la vierge la force de soutenir de nouveaux combats. Le lendemain, elle est à nouveau torturée.Par une exhortation, elle convertit une multitude d'assistants qui sont aussitôt décapités. La même mort met fin aux supplices de notre héroïne. Le bas Moyen Age en orient et en occident a eu une prédilection pour Sainte Marguerite Mais on n'a reconnu aucune trace d'un culte très ancien.

Au XIIIème siècle, le mont Carmel est appelé " la Montagne de seynte Marguerite de Carme", à cause d'un monastère syrien de rite grec qui s'y trouvait alors. Les croisés le connurent et leur dévotion pour la martyre d'Antioche s'en accrut certainement. Des envois de reliques de la sainte arrivèrent en occident. L'un deux, qui eut pour but la Galice, est commémoré par le martyrologue les 18 juillet. A la fin du Moyen Age, son culte devint très populaire. En France, lors de la fête de Sainte Marguerite, les abords de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés étaient remplis de femmes enceintes car Sainte Marguerite, qui pouvait soulager toutes les misères, s'occupait plus spécialement des femmes en couches."

Sainte Marguerite Alacoque

Une vie eucharistique

"Ayez une grande confiance en Dieu et ne vous défiez jamais de sa miséricorde qui dépasse infiniment toutes nos misères. Jetez-vous souvent entre ses bras ou dans son divin coeur, en vous abandonnant à tout ce qu'il voudra faire de vous"

Marguerite Alacoque

"Le grand vitrail central de l'église Saint Barthélémy, Mortefontaine, portant les armes du Duc de Gramont, nous rappelle qui est Sainte Marguerite -Marie et évoque une partie essentielle de sa vie. "Sainte Marguerite - Marie est née le 22 juillet 1647. En 1656 elle fait sa première communion chez les Clarisses Urbanistes de Charolles. Et elle reçoit la Confirmation, en y ajoutant le nom de Marie, en 1669. Entrée au monastère de la Visitation Sainte-Marie de Paray-le-Monial en 1671, elle fait sa profession religieuse perpétuelle le 5 novembre 1672." Les trois grandes apparitions de Jésus qui montre son cœur à sa confidente ont lieu le 27 décembre 1673 puis en juin 1674 et 1675. Le 20 juillet 1685, elle demande à ses novices de se consacrer au Cœur de Jésus, ce qui provoque des remous dans la communauté. Onze mois plus tard, unanimement et dans la joie, la communauté fête le Sacré Cœur au jour demandé par le Seigneur. Sœur Marguerite-Marie meurt le 17 octobre 1690.Elle est béatifiée par Pie IX et canonisée Par Benit XV le 13 mai 1920.

Jean-Paul II nous rappelle :

"Marguerite-Marie connut la grâce d'aimer à travers la croix : en cela elle nous donne un message toujours actuel "

Nouveau vitrail pour l'église Saint Barthélémy

La plupart des cathédrales, abbayes ou simples églises paroissiales possèdent un vitrail, au moins. Il peut être ancien ou contemporain. Ce que nous allons découvrir à Mortefontaine allie à la fois le passé, le présent et…le futur.

La création d'un vitrail suit toujours le même processus. Premièrement on retient le sujet, on en fait une maquette que l'on reproduit ensuite à l'échelle de la fenêtre. Ensuite les verres sont choisis et taillés à la forme et à la dimension voulues. Enfin on peint les détails, puis les éléments de verre sont cuits au four. Ils sont ensuite fixés par un serti de plomb, puis les panneaux sont mis en place dans la construction.

Historique / choix du sujet

Depuis quelques années la Municipalité de Mortefontaine, avec l'aide du Conseil Général, a entrepris un vaste travail de rénovation des vitraux de l'église paroissiale. Dans la continuité de ce travail il était intéressant d'aborder la création d'un nouveau vitrail qui viendrait se loger dans la fenêtre située au fond de l'église, au-dessus de la tribune. Le curé de la paroisse, interrogé sur son souhait en matière de sujet, avait simplement répondu : "une croix, croix sur laquelle le regard puisse s'accrocher pendant la célébration de la messe".

Maquette

Le Maître-verrier, responsable de la restoration des vitraux de l'église de Vémars, nous a présenté une maquette qui peut se décrire comme suit :

Le Christ est représenté sur la Croix, ayant prononcé les mots " Père, entre tes mains, je remets mon esprit" expire (Lux - chapitre 23 verset 46). La paix, la sérénité qui sont le lot de l'âme fidèle, sont réflétées dans le visage du Crucifié et dans l'attitude de tout son corps. Cette représentation est figurative et rappelle certains Christ du XIXème siècle tandis que les couleurs, modernes, évoquent la condition de l'homme dans laquelle la croix est plantée et que s'esquisse, au fur et à mesure que le regard s'élève, la victoire sur la mort et une nouvelle relation à Dieu.

Carton

C'est la représentation, en grandeur d'exécution, du sujet. Toutes les dimensions et les détails de construction sont précisés. Le dessin est retouché, mis au point, les corrections sont faites pour que le carton s'applique parfaitement à la forme de la fenêtre.

Installation

Ce vitrail a été installé en février 2006.